Historique

La leçon à retenir des fondateurs de Carrefour est que nous avons l'obligation de mener à bien ce travail sans répéter aveuglément ce qui a été fait par le passé. Les membres fondateurs n'ont certainement pas répété ce qui se faisait avant eux. Ils ont développé de nouvelles solutions pour surmonter les obstacles qui se dressaient devant eux en prenant des décisions innovantes et courageuses. C'est exactement ce que Carrefour et d'autres organisations de coopération volontaire doivent faire aujourd'hui : ne pas répéter ce qui se faisait en 1957 ou en 1963 ou en 1972, mais d'innover avec le même courage et la même créativité pour répondre aux nouveaux défis d'aujourd'hui.

- Michael Cooke, ancien directeur général de Carrefour, Vice President Academic, George Brown College -

C'était à la fin des années 1950, bien avant la création de l'agence canadienne de développement international (ACDI) et bien avant aussi la fondation des principales organisations de développement nationales, qu'un groupe de personnes motivées décida de se rencontrer dans le sous-sol d'une maison pour parler de développement international et de ce qu’ils pourraient faire. Inspiré par la pensée du révérend James Robinson, ce groupe finirait par fonder Carrefour Canadien International (CCI) qui permettrait à des milliers de personnes des pays en voie de développement et du Canada de faire cause commune pour créer un monde juste et durable.

James Robinson croyait que tous les gens étaient fondamentalement plus semblables que dissemblables, et que le fait d’habiter et de travailler ensemble permettrait de créer un « carrefour » où s’épanouiraient les cultures et les expériences personnelles, et où naitraient des changements tant au niveau de l’individu lui-même que celui de la société. Il imaginait « un seul monde » où se côtoieraient la compréhension mutuelle et le respect des différences raciales et culturelles. Cette vision l'amena à fonder Operation Crossroads Africa, une organisation volontaire permettant aux Américains et aux Canadiens noirs et blancs de collaborer avec les Africains sur des projets de développement au moment même où de nombreux états du continent africain déclaraient leur indépendance. Les États-Unis des années 50 est un pays divisé par le racisme et la discrimination et sa vision était tout autant radicale pour l'époque qu'elle reste pertinente aujourd'hui.

James Robinson parcourra les États-Unis et le Canada avec son appel à l'action. Inspiré par le discours du révérend Robinson lors d'une conférence, un groupe de personnes membres de l'église unie du Canada réussit à soulever 5 000 $ de l'époque pour appuyer son travail. James Robinson les remercia pour leurs efforts et leur suggéra, que s'ils étaient convaincus que ce qu'il faisait était une si bonne idée, de créer leur propre groupe et leur rendit leur chèque. Ce geste fit de James Robinson le tout premier donateur de l'organisation.

Celles et ceux qui l’ont entendu parler parlent encore de cet appel à l'action devant des hommes et des femmes ordinaires. « Il y a du travail à faire au Mali, a-t-il dit. Laissez tomber ce que vous êtes en train de faire, soulevez 10 000 $ et suivez-moi. » Et ils l’ont suivi.

Peter Parris fut le premier Carrefouriste canadien et il voyagea avec le révérend Robinson au Nigeria en 1958. Dès 1960, ce petit groupe créa le comité canadien d'Operations Crossroads. L'impact qu'ils allaient avoir irait bien au-delà de ce qu’ils pouvaient imaginer. Au cours des années 1960, des petits groupes de bénévoles s'occupaient de la collecte de fonds et coordonnaient les mandats outre-mer pour les Canadiens. Ils travaillaient à partir de chez eux ou de leurs bureaux et organisaient les mandats, les itinéraires de voyage, la formation et le recrutement. Les Carrefouristes, comme ils commençaient à être connus, construisaient des écoles et des centres communautaires, enseignaient lorsqu'il n'y avait pas de professeurs, et participaient à la construction d'infrastructures pour les communautés vulnérables. Il travaillait aux côtés de leurs collègues africains et américains et ce faisant, construisait ce que le révérend Robinson appelait les ponts de l'amitié. En 1960, le nombre de Canadiens participants à un mandat à l'étranger était au nombre de 10. En 1969, ils étaient au nombre de 257.

C'est ainsi qu'en 1969, Operation Crossroads Africa devint Carrefour canadien international en obtenant sa licence d'œuvres de bienfaisance et que, pour la première fois, l'organisation commença à travailler dans des pays non africains. C'est aussi en 1969 que la division francophone fut fondée à Montréal avec comme responsabilité de s'occuper des mandats dans les pays africains de langue française.

Tout au long de son histoire, Carrefour a su évoluer pour répondre aux urgences du moment en développant des programmes de coopération volontaire innovants et capables d'apporter un changement durable. En 1971, Carrefour inaugura son programme Accueil-Canada en accueillant deux Carrefouristes du Lesotho au Canada. Ce programme fut ensuite suivi par le programme d'échanges Sud-Sud. Ces deux programmes étaient complètement uniques à l'époque. Un réseau de bénévoles très développés au Sud ainsi qu'au Canada venait appuyer les volontaires pour leur permettre de s'adapter à la culture de leur pays d'accueil et tirer profit de leur expérience à l'étranger. Encore aujourd'hui, la création de mandats passionnants pour les volontaires du Sud du programme Accueil-Canada ou celui des échanges Sud-Sud est totalement intégrée à la programmation de Carrefour. Au fil des ans, Carrefour a organisé plus de 8000 mandats pour les volontaires du Sud et du Canada. Comme par le passé, les Carrefouristes sont toujours hébergés dans des familles d'accueil et travaillent toujours avec des organisations communautaires.

Pour le nouveau millénaire, le conseil d'administration a adopté un plan stratégique ambitieux qui a recentré le travail de l'organisation afin de lui permettre d'obtenir des résultats de développement durables. En s'appuyant sur ses relations préexistantes, Carrefour est entré en partenariat durable avec des organisations locales et, pour la première fois, introduisit des organisations canadiennes en qualité de partenaire à part entière. Les partenaires collaborent à la planification des projets de développement et obtiennent des résultats impressionnants. Carrefour a également recentré ses activités dans quelques secteurs et dans quelques pays afin de mieux appuyer ces nouvelles collaborations entre partenaires. En 2005, le conseil d'administration a doté l’organisation d'une nouvelle mission, une nouvelle vision et de nouvelles valeurs.

Aujourd'hui, Carrefour est toujours fidèle à la vision du révérend Robinson. Carrefour fait entrer en partenariat sur plusieurs années des organisations canadiennes et des organisations de la société civile des pays en voie de développement qui œuvrent dans les secteurs des droits des femmes, de la réduction des effets de la pauvreté et du VIH dans les pays de l'Afrique de l'Ouest, de l'Afrique australe et de l'Amérique du Sud. Les volontaires de Carrefour jouent un rôle vital puisqu'ils viennent appuyer les organisations partenaires pour leur permettre de renforcer leurs capacités organisationnelles dans des domaines comme les technologies de l'information, la programmation, la gestion organisationnelle. Plusieurs restent engagés bien après la fin de leur mandat. Alors que nous œuvrons à la création d'un monde solidaire, l'esprit du révérend Robinson et l'engagement, la détermination et la générosité des fondateurs de Carrefour continuent de nous inspirer et de guider notre travail.

 
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