Le mouvement #MeToo doit s’étendre aux femmes des pays du Sud


De l’arène politique aux bureaux de direction, de la scène à la rue, le mouvement #MeToo a secoué les Canadiennes et Canadiens, braquant les projecteurs sur d’horribles abus de pouvoir et modifiant le discours national autour de l’inconduite sexuelle.

Une foule de femmes courageuses ont dénoncé leur agresseur. Cette libération de la parole ouvre la voie au changement. Depuis trop longtemps, la violence envers les femmes s’inscrit dans les disparités en matière de pouvoirs, de droits, de ressources et de liberté d’expression.

 

Ce sont dans les pays du Sud que ces disparités sont les plus profondes, là où la pauvreté extrême, les normes culturelles préjudiciables, l’échec de la règle de droit et des systèmes de justice, ainsi que la faiblesse des infrastructures publiques et des institutions démocratiques se conjuguent pour priver les femmes de leur droit de vivre sans être sexuellement exploitées. Par conséquent, des générations entières vivent dans la violence; dans certains pays, près d’une jeune femme sur deux est victime de violence sexuelle.

 

La Journée internationale des femmes est l’occasion de nous engager à nouveau envers la création d’un mouvement mondial ainsi que le partage de nos acquis et d’outils concrets aptes à renforcer l’autonomie de certaines des femmes les plus courageuses du monde qui luttent contre la violence et l’injustice.

 

Nous pouvons commencer, entre autres, par élargir les programmes novateurs qui améliorent la sensibilisation aux droits et l’accès à la justice pour les victimes de violence; par reconnaître et relever nos propres défis au sein du secteur du développement et donner l’exemple; par continuer à adopter des politiques publiques qui offrent un soutien aux femmes; par faire preuve de solidarité, tous autant que nous sommes ici au Canada, envers les femmes des pays du Sud.

 

La recherche et le financement de solutions locales pour briser le cycle de la violence et réclamer justice font partie intégrante des efforts visant à améliorer les conditions de vie des femmes et des filles. À Carrefour International, nous déployons des efforts soutenus pour renforcer la capacité des organisations locales de femmes à fournir du soutien aux survivantes. Des membres du personnel de refuges pour femmes, des conseillères et conseillers, des activistes, des avocates et avocats et des juges du Canada mettent leur temps à contribution outre-mer pour partager l’expertise qu’ils ont acquise au fil de nombreuses années de lutte acharnée contre les pratiques discriminatoires et pour renforcer le travail des institutions juridiques et démocratiques au service des femmes. Avec nos partenaires, nous travaillons également auprès des garçons et des hommes afin de rompre le cycle de la violence et de les soutenir dans la redéfinition des normes culturelles préjudiciables pour les femmes. Nous devons partager et élargir ces efforts.

 

Les récents scandales d’inconduite sexuelle montrent que même des organisations de développement international estimées peuvent être infiltrées par des agresseurs et des fournisseurs d’aide peuvent abuser de leur pouvoir. À juste titre, ce scandale a poussé le secteur à examiner et à modifier ses stratégies de formation du personnel, ses mécanismes de surveillance et ses processus de compte rendu et d’intervention. Qui plus est, il met en question notre conception même du développement international, en éradiquant le modèle donateurs-bénéficiaires pour faire place à un ensemble de plus en plus confiant et compétent d’acteurs et de partenaires du développement.

 

Le gouvernement canadien se tient audacieusement aux côtés des femmes et fait preuve de leadership en matière de coopération internationale. Dans son récent budget, il a montré son soutien aux femmes des pays du Sud en annonçant de nouveaux fonds et une transparence accrue pour le développement international et, plus précisément, pour sa Politique d’aide internationale féministe. Affaires mondiales Canada a agi avec conviction et innovation en axant ses efforts de développement sur les femmes et les filles. Si nous voulons demeurer à la hauteur de nos ambitions, nous devons maintenant concrétiser nos engagements financiers en matière d’aide internationale.

 

Enfin, l’enjeu de la violence sexuelle nous touche tous. Les Canadiennes et Canadiens doivent investir dans toute la mesure de leurs moyens, en partageant leur expertise en tant que volontaires ou leurs ressources en tant que donateurs, et en reconnaissant que l’élimination de la violence fondée sur le genre et la promotion de l’égalité est un enjeu mondial qui déborde largement du cadre de notre pays et de « hashtags ». À l’heure actuelle, le discours tourne autour de la question : « Que devons-nous faire à partir de maintenant? » Les Canadiennes et Canadiens n’ont bien sûr pas toutes les réponses. Nous devons écouter les femmes du Sud et apprendre de leur expérience.

 

C’est ainsi que les femmes des pays du Sud qui disent #MeToo pourront un jour accéder véritablement à la justice.

 

 

Cette article fut publié le 8 mars 2018 dans The Chronicle Herald


           
 
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